','

'); } ?>

Splendeur à Cracovie et déception à Auschwitz-Birkenau

Mercredi 28 septembre

J’hésite quelque peu en choisissant la prochaine étape. La météo idéale donne le goût de passer immédiatement à Gdansk, qui me fascine déjà. Mais comme c’est sept heures de transport, je choisis Cracovie. Ma tournée polonaise doit tenir compte de la logistique, qui mène à Gdansk à la toute fin.

Planty
Planty, ce jardin agréable qui entoure la vieille ville.

Le staff de l’auberge m’aide à trouver le bon train, le trajet ne prenant que trois heures. Le chemin se fait sous l’emprise de la somnolence. J’aurais voulu profiter de ce genre d’état lors de déplacements au cours des années précédentes !

En arrivant, je trouve une façon d’aller à l’auberge tout en contournant la vieille ville. Rien de plus con que de voir les vieux quartiers en tirant sur un lourd bagage comme un foutu cheval. Je m’enregistre au… Pink Panther Hostel ! C’est un nouvel établissement qui en met une couche de plus avec le service, pour se faire une réputation. La réceptionniste confirme mon impression des Polonais. Sympa, drôle et efficace. Et comme dans les autres grandes destinations est-européennes, les compagnons d’auberge viennent de partout, étant habituellement brillants et allumés.

Je sors pour trouver un petit bistro hors du coeur de la ville pour le souper. La clientèle est très locale, le genre de personne qui va là pour se libérer des pressions du quotidien. La preuve que je suis loin des trappes à touristes, c’est que la serveuse a du mal avec l’anglais. Pour le reste, j’ai droit à d’excellets pierogis farcis de boeuf et de choux, avec une bière.

J’achète quelques bières à l’épicerie locale avant de rentrer. À l’auberge, je tombe sur un Américain de Chicago, un Torontois, une Allemande de Bochum, un Italien, un Irlandais et un Américano-polonais. Leur discussion sur l’économie m’assomme. SVP, épargnez-moi ça pendant mes vacances. Mais je me mélange au groupe et on finit la soirée très tard dans un bar. Ohhhhh que ça rappelle Budapest.

Jeudi 29 septembre

Le lever se fait vachement tard, une conséquence de la sortie d’hier. On va prendre ça mollo aujourd’hui !

Une fois prêt à amorcer les visites, la météo me met de très bonne humeur. Il fait gros soleil, et environ 20 degrés. Super. Le square central, conçu au Moyen-Âge, est un des plus beaux d’Europe. On y trouve de l’espace, des vieilles pierres, un hôtel de ville, des églises, de l’architecture néoclassique, un long marché chapeauté par un édifice renaissance, et autres. Magnifique. Vraiment.

Rynek Glowny
Rynek Glowny
Sainte-Marie
Sainte-Marie, proche du square central
Rynek Glowny
Rynek Glowny
Rynek Glowny, vue de la cathédrale
Rynek Glowny, vue de la cathédrale

Je visite la basilique de l’Assomption et je vois son superbe autel. Je monte dans sa tour pour une belle vue sur le square. En redescendant, j’affiche ma bonne humeur. Deux femmes britanniques se disent que c’est étroit mais que si elles ne croisent personne, tout ira. Une seconde après, je les fais rire en les alertant que quelqu’un s’en vient pour bloquer le chemin.

En poursuivant ma visite du square, une jolie jeune femme remarque ma caméra (qui est difficile à manquer, tellement la lentille est énorme) et semble chercher à se faire prendre en photo. Elle est surprise mais bien amusée quand je pointe et prends une pose. Je vous le dis. Les gens sont vraiment sympas ici… et les femmes savent soutirer un sourire.

Arrêt pour un cappuccino, qui fait du bien au lendemain d’une veille.

Je fais quelques autres visites, qui sont moins concluantes. Ensuite, je me tape une longue marche vers Kamizierz, un ancien ghetto juif. Les synagogues et cimetières ne sont pas accessibles mais le quartier est vibrant, bon pour aller prendre un verre ou pour souper. Ça fait penser à certains arrondissements de Paris.

Retour bref à l’auberge et ensuite le souper. Je me laisse tenter par un resto géorgien. L’intérêt de ce type de cuisine est l’usage abondant des épices. La brochette d’agneau, le couscous et la salade de chou sont relevés, avec de la salsa à côté. Dur à battre. J’en prendrais n’importe quand.

Resto géorgien
Pas mal du tout.

Une dégustation de bière s’impose pour bien terminer la journée. Je visite la seule microbrasserie de Cracovie, qui s’appelle CK Browar. Leur blonde est insipide mais la bière au gingembre est superbe. L’arôme est bien balancé, pas trop prononcé.

Vendredi 30 septembre

Aujourd’hui, il faut voir Wawel, la colline du château. La météo est encore parfaite et même si l’endroit ne se compare pas aux châteaux de Prague et de Budapest, c’est plaisant. La tour donne une bonne vue sur la ville et Dragon’s Den est tellement… sombre !

Wawel
Wawel
Wawel
Fait noir ici.

Je me tape un autre longue marche, cette fois vers la banlieue Podgorze, où l’on trouve l’ancienne usine d’Oskar Schindler. Je m’attends à une visite à propos de ses efforts pour sauver des juifs pendant l’Holocauste, mais j’ai droit à la Deuxième Guerre mondiale du point de vue de Cracovie. C’est quand même frappant de voir à quelle vitesse la ville a été prise, et le pays pris en sandwich entre les nazis et les communistes. L’autre choc, c’est d’entendre des Polonais parler de leur enthousiasme quand la guerre a éclaté. Ils imaginaient leurs soldats en train de bombarder Berlin. Moi qui croyait qu’à cette époque, personne n’oserait ressentir le même optimisme erroné qui a marqué le début du premier conflit mondial en 1914…

Plac Bohaterow Getta
Plac Bohaterow Getta, un monument aux chaises vides dans l'ancien ghetto juif

Rentrée en tram et souper aux pierogis frits dans un resto figé dans un décor des années 1920.

Rynek Glowny
Rynek Glowny la nuit
Krakow la nuit
Krakow la nuit

Même une brassée de lavage s’avère intéressante. Il faut se rendre à un laundromat doublé d’un petit pub. La Polonaise super sympa qui y travaille est sur le point de partir pour Calgary afin de rejoindre son chum. J’ai l’occasion de lui conseiller les plus beaux endroits à visiter au Québec, comme le Fjord du Saguenay et Québec, évidemment. Elle me fait essayer gratuitement deux vodka polonaises. Celle faite à partir de l’herbe de bison est vraiment facile à boire, douce, complexe et presque sucrée au goût, même si on parle de 40% d’alcool. Vraiment une qualité supérieure. Celle aux cerises est trop sucrée.

Samedi 1er octobre

Le week-end dans une aussi belle destination, c’est le moment de sortir de la ville pour éviter les troupeaux massifs de touristes. Aujourd’hui, je vais voir la mine de sel. J’ai du temps devant moi car le départ pour la visite est prévu à 15h30. Une parfaite occasion pour démarrer la journée lentement. Je pars ensuite pour marcher dans le quartier qui entoure l’endroit d’où part l’autobus. Je vois de petits marchés assez sympas, entre autres.

La mine de sel est assez specaculaire. Ça fait presque 1000 ans qu’elle est en exploitation, même si la production se limite maintenant au marché régional. Par contre, les lacs, les chambres, les chapelles, les statues, les structures de bois et autres témoignent des efforts faits pendant des siècles pour creuser et bâtir un lieu exceptionnel.

Mine de sel, Krakow
Un plafond très salé.
Mine de sel, Krakow
Une illustration des travailleurs d'époque.
Mine de sel, Krakow
La superbe galerie qui a pris des décennies à construire.
Mine de sel, Krakow
Un lac à l'intérieur de la mine.

Au retour, je teste le ragoût bigos (du chasseur) dans un resto assez rustique à une dizaine de minutes de l’auberge.

Stop sign
Sévère avertissement de ne pas franchir la ligne.

En revenant, j’ai la chance de prendre quelques bières en faisant connaissance avec une Brésilienne des plus charmantes,

qui elle aussi va voir Auschwitz dimanche. On s’entend rapidement pour y aller ensemble. La soirée se termine en jasant avec une Irlandaise qui ferait une excellente amie. Franche, au caractère fort mais aussi d’une bonté qui ne se dément pas, je vois une excellente personne.

Dimanche 2 octobre

Aujourd’hui, c’est la visite de Auschwitz-Birkenau. Comme le départ est à 13h30, j’ai encore du temps pour commencer la journée. J’ai le plaisir de déjeuner avec le petit groupe avec lequel je partage l’auberge, ce qui est plaisant.

Après coup, je vais m’écraser sur une terrasse au square central, simplement pour profiter encore une fois de l’atmosphère.

Avan de partir, je vais rejoindre la Brésilienne et ça adonne que l’Irlandaise et son amie anglaise ont décidé de se joindre à nous. Cool !

Arbeit Macht Frei
Arbeit Macht Frei, le mensonge
Auschwitz-Birkenau
Le site est énorme.
Auschwitz-Birkenau
Même le fil barbelé ajoute au drame.

La visite me déçoit, par contre. La vidéo qu’on nous présente au départ est prometteuse. On apprend comment les Soviétiques ont libéré les camps, en rencontrant des prisonniers apeurés. Ils ne savaient pas s’ils avaient affaire à des libérateurs ou à des liquidateurs. Beaucoup ont eu besoin de longs traitements pour se remettre physiquement de leur internement. Peu ont repris une vie normale par la suite. La peur, la surprise des soldats soviétiques et les autres sentiments ressortent tellement bien.

La visite se déroule selon les normes prescrites par l’État polonais. Une historienne agit comme guide. Elle utilise un système radio et les membres du groupe ont des écouteurs. Elle n’arrête pas de parler. Ça ne nous donne aucun temps de réflexion, aucune chance de partager des réactions avec les trois femmes avec qui je suis parti faire la visite. On nous bombarde d’informations déjà connues de tous, au lieu de mettre l’accent sur les points qui suscitent l’émotion. Si je vous dis que l’on récupérait les cheveux des prisonniers pour en faire des tissus, des bas et des couvertures pour l’économie allemande, ce haut niveau d’exploitation vous insulte, non ? Eh bien, notre historienne en a fait une mention froide et rapide. Schade.

Chaussures
Les biens des prisonniers étaient confisqués et empilés.
Lits
Confort zéro au coucher
Lits
Les barraques avaient au départ été conçues pour des chevaux.
Toilettes
Les toilettes, nettoyées manuellement.
Signe
Chaque signe rend les lieux macabres.
Fours crématoires
Les fours crématoires, fin inévitable pour presque tous les prisonniers.

La superficie massive de Birkenau (deuxième partie de la visite) et le petit brouillard qui y règnent frappent toutefois fort. Le meurtre à grande échelle ne sera jamais mieux illustré. Maintenant libérés de nos systèmes radio, nous sommes plusieurs à ignorer notre guide, à regarder autour, à nous regarder entre nous et à se parler pour s’imprégner réellement ce qui s’est produit ici. Et ça marche. Au point tel que nous sommes vidés lors du trajet de retour.

Je connais une autre belle petite soirée à l’auberge, discutant de l’expérience partagée au camp. J’aurai au moins eu cette complicité avec les gens rencontrés à Cracovie comme souvenir :-)